mardi 6 janvier 2015

Kezako #5 : C'est quoi la néophobie alimentaire ? 1ère partie

Votre enfant repousse son assiette et/ou commence (presque) tous ses repas par un "Beurk ! J'aime pas !"...?
OK, c'est agaçant mais c'est un comportement NORMAL et universel.  Votre enfant est dans sa période de néophobie alimentaire, littéralement "peur de la nouveauté" alimentaire. Celle-ci débute généralement vers l'âge de 2 ans, est particulièrement intense entre 4 et 7 ans, puis disparaît vers l'âge de 10-11 ans.

Votre enfant n'est donc pas plus "difficile" que les autres. Il fait au contraire preuve d'un certain instinct de survie en étant réticent à introduire un aliment nouveau dans sa bouche. Manger n'est-il pas  "un simple acte visant à assurer notre survie" ? (qui a répondu non ^^ ?)



Avant cette période, la nouveauté - accompagnée d'une gratification affective - est plutôt stimulante pour votre enfant...ce revirement d'attitude est d'autant plus déstabilisant.
Tachez donc de rester zen et bienveillants et questionnez-vous : pourquoi perds-je patience ? Quel est l'enjeu ? Mon enfant doit-il vraiment finir cette assiette ?

Comment se manifeste cette néophobie ?

Source de conflits parfois intenses au moment des repas, la néophobie alimentaire n'est donc, je le repète, ni un caprice, ni un trouble alimentaire et fait partie du développement habituel de l'enfant.
Il est tout aussi légitime que vous vouliez apporter une alimentation saine à vos enfants pour leur garantir d'un développement intellectuel et physique satisfaisant...

L'enfant peut notamment :

    Trier les aliments mélangés                                        
    Examiner les aliments
    Grimacer
    Mâcher longuement
    Tourner et retourner les aliments avec la fourchette
    Refuser l’aliment sans le goûter
    Recracher
    Sentir l’aliment
    Vomir lorsque forcé d’avaler
    Repousser l’assiette ou la cuillère
    Détourner la tête
    Refuser d’ouvrir la bouche 


Pour l'annecdote, petite, mes repas pouvaient durer jusqu' à 2 heures... un vrai "calvaire". Plus tardivement, j'ai souvenir d'avoir un jour "rendu" le riz au lait que l'on m'avait forcée à manger à la cantine sur les chaussures de mon "tortionnaire"... question de texture.
Même si je me suis réconciliée il y a peu avec le riz au lait, il est encore des choses que je ne "peux" manger, question de texture, mais sans que cela n'ait d'impact sur ma santé ou ma vie sociale.
C'est là que se situe la frontière avec un trouble alimentaire : la néophobie alimentaire de l'adulte ou le trouble de l'alimentation sélective (le plus souvent restrictive), "selective eating disorder" (SED) chez nos cousins anglo-saxons. Je vous en parlerai plus en détail dans la troisième et dernière partie de cet article. 
Pour le moment sachez donc que si vous n'avez accepté de manger quasiment rien d'autre que de la purée et du jambon jusqu'à l'âge de 12 ans, mais que depuis vous mangez de tout - ou presque, chacun ses goûts ;)... tout va bien !


Un phénomène multifactoriel :

1/ Il y a tout d'abord une composante sensorielle dans le rejet alimentaire:

Globalement, les aliments amers et au goût fort (et les moins caloriques) font le plus souvent l'objet du rejet.

En dehors de grandes variabilités du goût chez chaque individu, les enfants possèdent plus de papilles gustatives que les adultes. celles-ci s'émoussent avec l'âge. Pour les enfants les plus sensibles à l'amertume, la perception d'une simple note dans certains légumes pourrait expliquer le rejet de ces aliments.
Le goût sucré étant "inné", il y a peu/moins de rejets de ce côté (notamment concernant les fruits).

2/ En dehors de toute caractéristique sensorielle, les aliments "bien connus" par l'enfant seront mieux acceptés
On touche au coeur de la néophobie. Il s'agit ici de la familiarité que l'enfant a pu développer (ou pas) avec les aliments.
Il existe par ailleurs divers degrés d'intensité dans la manifestation de cette néophobie enfantine :
  • certains enfants refusent catégoriquement de consommer des aliments nouveaux
par "nouveau", il peut aussi s'agir de la forme, du mode de préparation, de l'ajout d'un simple brin de persil en décoration, d'une sauce qui vient "dégouliner" sur ses petits pois "qu'il aime pourtant d'habitude", de ce "truc noir" dessus, de ce petit bout de gras, etc...
  • les moins néophobes acceptent de goûter à force d'ENCOURAGEMENTS (évitons les menaces please)
  • d'autres sont même capables de reconnaître qu'après tout, ce n'était pas si mauvais
Pourquoi ?
Parmi les hypothèses avancées, une hypersensibilité de certains enfants ou traits de caractère : anxiété, émotivité accrue, angoisse "d'incorporation" etc, et/ou sensibilité des sens du goût et de l'odorat.

3/ C'est aussi la période du "NON" et de l’affirmation de soi
Les refus alimentaires participent à cette affirmation de soi, surtout par rapport aux parents. L’enfant peut acceptera de manger ses courgettes à la cantine ou chez mamie, mais pas à la maison...

Parfois l'alimentation de l'enfant peut se limiter à certaines textures, groupes d'aliments ou marques déjà connues, en préférant les féculents (pâtes, riz, frites), les gâteaux, le chocolat, les bonbons, les chips...


Quand s'inquiéter ?

Si votre enfant délaisse à la fois les fruits et les légumes, la viande, le poisson, les oeufs, si vous soupçonnez des carences, s'il perd ou prend trop de poids. Toute cassure de la courbe de croissance staturo-pondérale de votre enfant doit de façon générale vous faire consulter votre médecin ou votre pédiatre.


Comment limiter cette réaction de rejet ?

(Et éviter que des "blocages" ou de mauvaises habitudes perdurent au-delà)

Une des hypothèses majeure repose sur une diversification alimentaire bien menée, riche en découvertes et la plus variée possible avant l'âge de 2 ans (voir kezako n°4).
Nous n'aborderons pas ici en détail les questions d'évolution de texture de l'alimentation (passage de la texture lisse aux petits morceaux par exemple) mais sachez que celle-ci peut aussi être perturbée par la maturité (ou non) des capacités de mastication et de déglutition de l'enfant... Inutile donc de forcer un tout petit à manger des morceaux s'il les recrache en pleurant systématiquement, hein.

Mais une fois cette "fenêtre" de diversification passée, comment faire ?
Il s'agit "d'apprivoiser" la nouveauté ! Si votre enfant est en âge de regarder le dessin animé "Ratatouille", certains passages sont une bonne illustration du "feu d'articice" sensoriel physico-chimique (vue-toucher-ouïe-odorat-goût) que vous pouvez essayer d'expérimenter ensemble tout en replaçant l'alimentation dans ses contextes ludique, fonctionnel et hédonique.
Enfin, soyez persévérants... et bienveillants. A long terme, l'acceptation - d'un même aliment, sous une même forme ! - se fera au bout de 7 à 10 ingestions minimum de l'aliment "nouveau". L'enjeu n'est pas que l'enfant mange un plat entier de cet aliment mais qu'il y goûte (encore et encore...), vous augmenterez les quantités plus tard. Il a aussi été prouvé qu'un climat détendu apportait de meilleurs résultats qu'un climat trop autoritaire/ de contrainte. De façon générale, l’attitude des parents peut influencer significativement les comportements alimentaires.

Je vous proposerai des exemple de situations et solutions concrètes pour faire face à cette période POUR QUE VOTRE ENFANT MANGE LE PLUS EQUILIBRE POSSIBLE, SANS CARENCES NUTRITIONNELLE ET SOIT EN BONNE SANTE, sans traumatisme ni culpabilité, dans la deuxième partie à venir de cet article... stay tuned !

D'ici là, n'hésitez pas à m'envoyer vos questions et/ou témoignages sur le blog, la page facebook ou en message privé et à partager vos expériences.


MAR.


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